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AD Usque Fidelis

Grand-Père Catholique de Vichy

005 - Mes écritures/

1 - La vie éternelle.

Hier matin en consultant ma messagerie Orange,
je vois un mail intitulé : "En direct".
Comme je suis méfiant, je vérifie l'adresse de l'expéditeur.
Elle se termine par @ciel.univers. Je m'apprête à l'envoyer chez les indésirables mais comme je suis encore plus curieux que méfiant, je me décide à l'ouvrir.
Sans vous en dire plus, je vous transmets l'intégrale du message que j'ai reçu sous forme de conte de Noël.
Mon cher Maurice. 
                                     Moi aussi, je l'ai enfin mon ordinateur ! Par l’intermédiaire de l'archange Gabriel et avec l'autorisation de saint Pierre, j'ai reçu par colissi-nuage un superbe portable blanc à clavier noir. Le plus difficile a été de l'alimenter avec la foudre mais heureusement l'oncle Henri a su me fabriquer dans son petit atelier un transformateur performant. 
        Et bien oui, comme tu t'en doutes, je suis au paradis après un court passage de principe au purgatoire pour avoir abandonné la vie religieuse en 1906 et, devine qui j'ai rencontré lorsque saint Pierre m'a ouvert la grande porte étoilée ? 
       Tous les ancêtres étaient là ! 
    Claude le jardinier un râteau à la main, Pierre le forgeron son marteau et son tablier de cuir, Joseph l’instituteur en blouse grise, José le meunier tout blanc de farine, Pierre-Benoît mon grand-père et son fils André en grande tenue de sergent et Antoine mon cher papa la larme à l’œil en me voyant. 
        Derrière eux, toutes voilées de blanc, je reconnais leurs épouses et une multitude de petits anges qui ne cessent d'agiter les ailes en guise de ventilateurs. Sur le côté un jeune homme s'avance en costume blanc immaculé. C'est mon fils Raymond qui me présente un magnifique cadran solaire en cadeau de bienvenue. 
        Je suis ébloui par cette réception qui me laisse sans voix. Je reconnais mon ami Antoine Charnay dans la foule des Chauffaillons, et son fils Jean qui me fait un signe de la main. 
        Le chœur des anges entonne le "Panis angelicum" et Saint Pierre prononce une courte allocution que concluent des applaudissements fournis. 
        Tu ne peux imaginer mon cher Maurice la plénitude de bonheur en ce lieux qui n'a ni frontières ni désolation. Les animaux vivent en bonne intelligence, les fleurs ne fanent jamais et les roses n'ont pas d'épines. Une seule chose manque à ma gourmandise, la bonne cuisine de maman Louise. Ici on ne mange pas, ce n'est pas nécessaire. 
        J'ai su par Ernest, ton père, que ma chère épouse a fini ses jours chez lui pendant que tu étais en Algérie pour le service militaire. 
        Quand j'ai eu en main l'ordinateur, le plus difficile a été d'entrer en contact avec la Terre. Saint Dominique m'a conseillé de demander "Paroisse de Chauffailles" à Google-ciel et j'ai eu la surprise de découvrir le site dont tu es le webmestre. Ce site ma dirigé sur ton blog les "Images de Grand-père" 
        Avec l'aide d'un ange déchu, j'ai réussi à pirater ta messagerie ou j'ai trouvé au fil des pages les bulletins  météos de Jean-Jacques, les reportages de Véro, les photos de Dom'  et les nombreux  témoignage de sympathie de tes cousines, cousins, neveux et amis. 
       Je suis fier de ma descendance mais je n'en revendique pas le mérite car ici l'humilité est de rigueur. 
        Je ne te dirai rien de tous les disparus de la famille qui m'ont  rejoint ces toutes dernières années. Je ne veux pas dévoiler la teneur de la suite de la "Saga des Thillet" que les plus jeunes écriront. Mais rassures-toi, ils sont tous à mes côtés. 
        Avec le chœur des anges, je te prépare un beau chant choral pour ton arrivée. Que dirais-tu de l’alléluia de Haendel, ou bien du Cantique de Jean Racine ?
       Mais prends ton temps, rien ne presse. 
« Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul » (Matthieu 24:36) 
Je t'embrasse,
mais ne me dis pas que je pique comme quand tu étais enfant. 
       Ton grand-père Jules alias frère Engilbert. 

 


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2 - Nativité selon Julos Beaucarne .

(ma version Brionnaise)

Mon Dieu, Seigneur, quelle histoire ...
Le ptiot Jésus coutçi dans eune mandzoire !
Mais que l'monde est don bizarre ...
ya pas d'suite dans les idées.

Pensi' don, quand o l'est né, y'aurait du être la fête au villadze ... Y'auraint du r'fuser du monde... y f'sot des milliers d'années q'no l'attendot c't'enfant là ...

Les feunes disaint : «  Attention les gars, y s'en vint, y s'ra pas long, o l'arrive ! »

Y'est quo l'étot attendu comme le messie c'tu ptiot là …
Y'est vrai, avant qu'o vienn', y criaint partout « Hosanna, hosanna ! »

O l'arriv', pas un chat ... Dzeuste un andze, des p'tiots moutons, deux t'çins, un tieulot et trois bergers ... Y étot pas la foule, nous s'cognaint pas les têtes, com' dit l'aute ...

Mais fallot voir c'tu p'tiot bébé comme o l'étot biau avec ses p'tiotes menotes totes roses. O souriot en dremant ... Mais c'que f'sot tro d'peine, y est que c't'enfant là, o l'avot eu l'idée de v'ni eune nuit d'Noël. ... Eune nuit d'Noël, rendez vous compte, avec le froid ... A pe, le pour chtit o n'avot même pas d'cadeaux ... Y étot les madzes que d'vint les am'nis, t'sais bin, l'Melchior, l'Gaspard et l'gars du bazar. Y zétaint partis six mois avant. Les d'zens les y criaint : où don qu'vous vé ? - Nous vons porter les cadeaux à l'enfant Dieu ... - Mais vous allez t'y l'trouver? ... - Nous suivons l'étoile. » Y'étot dit com' ça, mais des étoiles, y en avot des tas et les madzes se sont trompés plusieurs fois de t'cmin et sont arrivés avec dis dzos de r'tard ... Pensi don, c't'enfant là, o l'érot pu mouri d'eun' pneumonie ... Heureus'ment, y étot pas écrit dans l'Evandzil.

Tote la saint' famille ne sortot pas d'lécurie pasqu'les madzes avint écrit qu'y z'arrivin. Enfin les v'la tot d'mêm' avec les t'çameaux ape des cadeaux ... Mai d'vine quels cadeaux ... ? ... D'la myrhe et d'lencens pour un bébé naissant !

Y avot bin aussi quèques pièce d'or, mais, tout compte fait y s'étaint pas trop creusé l'coquillard. ... Y z'auraient pu apporter des t'çausses comme tout l'monde mais d'l'encens ! ... Vierze Marie ! … Remarquez qu'avec les deux bestiaux qu'étaint dans l'écurie, ça n'a pas fait d' tort … Le saint d'zoseph aurait du leus' y parler, les r'mercier, mais o n'disot pas un mot. Vois tu, le d'zoseph o l'avot pas la tête à ça ... O n'en r'venot pas ... O s'demandot c'ment y avot bin pu arriver. Enfin o s'disot quo l'y étot pour rien. A pe, surtout c'que lui fesot malice, yétot l'boeuf que l'regardo en rigolant.

Mais dans l'fond, y est pas saint d'zoseph que j'plains le plus sais tu ... Pour la vierze Marie y a été bin pire. Pens' don, une d'zeune fille de 19 ans, 18, p'tèt' même que seize ans, on n'sait pas, une toute dzeune en tout cas, pas d'expérience ... Dans c'temp là les filles ne sortaint pas et z'avaint pas la télé pe les apprende c'ment ça s'passot ...

Quand l'grand Gabriel est v'ni, ... çtu là o sait bin y arranzi à sa façon... quand l'grand Gabriel est v'ni, o l'a dit « t'vou t'y ? » elle a répondu "Oyé d'zvou bin".
C'quelle n'savot pas, y est qu'après, o n'revindrot d'zamais plus.

Mon Dieu, Seigneur, y es t'y pas malreux, même dans les andzes, no ne peut plus avoir confiance.

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3 - Le Grand-Père et le Prisonnier.

Moderne la clinique avec ses trois étages.
Tout confort, bons soins, belles infirmières. 
Un grand-père, soixante-dix ans, son âge, 
des yeux gris-bleu emplis de lumière. 

En face, la prison. Bloc de béton, Cinq étages, 
barbelés, projecteurs. Aux fenêtres les barreaux. 
Il a vingt ans, yeux noirs, il rêve de voyages.
A double tours la porte fermée et c'est pas beau. 

Consultation, décision sans appel, intervention. 
Le grand-père a risqué l'accident vasculaire.
Anesthésie. Le chirurgien, par bonheur un champion,
avec maitrise a vaincu la sténose de l'artère. 

Grosse bétise, garde à vue, sentence du tribunal: 
Quinze ans fermes, internement, liberté compromise.
Solitude, terrible gâchis d'une jeunesse en cavale. 
Pas un jour sans tristesse. Nostalgie est de mise

Mais pourtant, gardes espérance jeune prisonnier, 
à trente-cinq ans tu sortiras à mi-existence, 
de l'aïeul qui te précède sur le long sentier,
avec bifurcations que chaque destin balance. 

Alors, il sera temps de faire le bon choix...

    Clinique de Draguignan le 17 Mai 2002.

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4 - à Jean AMADOU Europe 1.

    Au fil des semaines, j'apprécie la teneur de vos chroniques, sans doute par le fait que je suis de la même génération que vous et aussi parce que j'aime la langue française que vous maniez avec autant de talent. 
    Ce matin, j'ai suivi avec attention votre analyse des batailles Napoléoniennes et des morts qu'elles ont engendrées et cela m'a inspiré une réflexion que je tiens à vous communiquer ainsi qu'une question que je me pose.
    Dans le brouhaha des informations diffusées par les médias, est-ce qu''une juste part est réservée à tous ces jeunes qui ont donné leur vie, loin de leur pays, pour des causes plus ou moins justifiées?
Je pense par exemple à une information que j'ai reçue grâce à la télévision canadienne: 
Une délégation d'anciens combattants et d'officiels canadiens sont venus récemment en France pour commémorer le soixantième anniversaire de la prise du mur de Vimy en Pas de Calais. 
Lors de cette bataille, 300 jeunes canadiens sont morts pour la liberté. Le total des pertes de l'armée canadienne se chiffre je crois à 6000 morts pour ce conflit. 
        Silence radio et Télévision sur cet évènement. 
Deuxième exemple dont les éléments me sont donnés par le journal "l'Ancien d'Algérie": 
Le mardi 19 Mars dans toute la France, comme à Saint Tropez, des centaines de cérémonies furent organisées pour commémorer le quarantième anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie et pour 
honorer les trop nombreux morts civils et militaires de ce conflit. 
A Paris, dans le même temps, plus de 30000 participants venus des départements métropolitains, d'outre-mer et du Canada, ont défilé avec 3000 drapeaux tricolores en tête du cortège, des Invalides à l'Arc de Triomphe. 
L'AFP a relaté l'évènement le 19 Mars au soir. 
J'ai vainement cherché sur diverses chaines de télévision un reportage concernant cette importante manifestation. Je n'ai pas entendu les radios relayer, à répétition, comme pour certains faits divers cet évènement. 
    Humaniste et non-violent, je n'ai pas l'esprit "Ancien combattant" poussé à l'extrême mais je m'élève contre le fait que l'on nous abreuve d'images de gens mécontents défilant avec des drapeaux rouges, de rencontres sportives où la Marseillaise est sifflée, de jeunes de banlieue qui défient le pouvoir au point qu'il semble normal, en France, d'avoir des quartiers de non-droit! 
Je récuse la façon dont certains réalisateurs et journalistes montent en épingle les bavures d'une minorité de voyous et de casseurs anarchistes.
    Est-il honteux ou démodé d'exprimer, dans notre France d'aujourd'hui, un sentiment patriotique? Combien d'enfants dans les écoles savent qu'il doivent leur liberté au sacrifice de milliers de jeunes soldats de quelques années plus âgés qu'eux? 
    Je précise que je n'ai aucune sympathie pour les extrêmes en politique et, pour terminer en vous remerciant de votre attention, je reprends la fin d'une lettre écrite par Michel Almaric, Ancien d'Algérie:  " Claude, René, Jacques, Mohamed, interrogeant de vos yeux vides votre mort, sous la poussière et l'odeur de cheddite, je vous revois pantelants, victimes immobiles et éternelles de l'imbécillité criminelle des hommes d'honneur. Vous avez gagné votre paix et l'on voudrait de nouveau vous la dérober. Tranquillisez-vous ainsi que vos parents survivants, le 19 mars nous conduira tous les ans comme des  en dépit des haines, vers ces lieux de verdure et de pierre où le sang 
a écrit le souvenir de vos vies. "

Cordialement. Saint-Tropez le 20 Avril 2002 .

 


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5 - Mussy sous Dun

Je suis un vieux monsieur de 82 ans et j'ai apprécié votre site "Découvrez Mussy sous Dun" particulièrement bien documenté.
Je regrette seulement que ce site semble en panne car l'année 2014 commémore les 100 ans de la déclaration de guerre de 1914 et une exposition 10 ans après la première aurait été bienvenue.
J'ai vécu des mois de grandes vacances à Mussy chez Philibert Monveneur et son épouse qui étaient les parents de Pierre Monveneur qui fut ordonné prêtre dans les années 40/45
 où je fréquentais sa famille. Ces vacances se situent dans un premier temps au hameau des Forestiers puis par la suite au lieu-dit "Les terres" à l'entrée du bourg en venant de Chauffailles. J'ai connu les dimanches à l'église de Mussy où officiait un sympathique curé âgé dont j'ai oublié le nom et dont la bonne qui se prénommait Augustine était la sœur de Philibert Monveneur. Régulièrement après la messe nous faisions une visite à la Gustine ce qui me permettait d'admirer le "jardin de curé" dominant le viaduc.
Un souvenir m'est resté de la messe en latin que le prêtre et les gens de Mussy ne prononçaient pas comme à Paray le Monial dont j'étais originaire.
Un exemple; la salutation du prêtre "Dominus vobiscum" et la réponse des fidèles 
"et cum spiritu tuo" où nous prononçions le U = Ou ( dominous vobiscoum ....) était prononcé à l'ancienne à Mussy le U prononcé U ce qui faisait : "Dominusse vobiscome - et come spiritutu o" exception faite pour le U de vobiscum et de "et cum" qui étaient prononcés O
Je n'ai pas retenu les innombrables sermons que désormais nous nommons homélie, ce qui parait moins sévère, mais j'ai retenu sans peine cette façon de prononcer le latin bien particulière à la liturgie de la paroisse de Mussy sous Dun.
J'avais aussi été surpris de voir que les hommes se tenaient dans le côté droit de la nef et les femmes du côté gauche en regardant l'autel.
Il m'arrivait aussi d'accompagner la "tante" Monveneur chez Mr et Mme Paillard qui habitaient la maison située après l'église en face de l'école. J'étais impressionné par ces personnes distinguées et par la beauté de leur jardin.
La où se trouve la mairie, il y avait un boucher et je pense qu'il était l'un des rares habitants à posséder une automobile, sans doute camionnette. Une fois par semaine il allait à Chauffailles s'approvisionner en viande à l'abattoir et nous entendions au 
retour son moteur bruyant à gazogène monter la côte du cimetière/
Le "tonton" Monveneur faisait encore son pain et c'était régalant lorsqu'il était frais de manger une "rotie" de beurre.
Les années précédent la guerre de 40 je passais mes grandes vacances en haut de la montagne de Dun chez Mr et Mme Cinquin plus connue sous le nom de "mère Cinquin" 
A l'époque il n'y avait pas de sylviculture sur la montagne de Dun mais des pâturages parsemées de rochers apparents où nous allions "garder les vaches" la journée. 
Le dimanche je descendais à la messe à Saint Racho à pied avec Mr Cinquin.  La route n'était pas goudronnée. C'était le jour où de nombreux habitants des environs montaient à Dun pour admirer le paysage. On installait des tables dans la cour et chacun pouvait 
se désaltérer avec vin rouge et limonade. Certains en profitaient pour faire les 4 heures avec du fromage à la crème. Le bâtiment moderne n'existait pas bien sûr.
Je me souviens en période de moisson, avoir vu monter du côté Mussy, la batteuse et sa machine à vapeur tractés par quatre ou cinq couples de bœufs attelés.
Il n'y avait aucun tracteur dans la région et mon oncle Charnay se contentait de vendre des faucheuses et des charrues brabant à deux roues ce qui était pour l'époque un progrès moderne.
Je regrette ne pas avoir eu la possibilité de photographier ces souvenirs qui restent ancrés dans ma mémoire. Particulièrement les attelages de deux vaches pour les labours, les moissons et la traction des chars et tombereaux/ 

Je me rattrape maintenant avec le numérique en alimentant mon blog personnel : http://www.louis-antoine83.over-blog.com  où vous pourrez trouver aussi le lien conduisant à mon roman " Valdorix, moine de l'an Mil." dont un chapitre se passe sur la montagne de Dun.

Bien amicalement

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6 - Mettre la poussière sous le tapis

"Mettre la poussière sous le tapis", "Balayer devant sa porte",  mais aussi : "Laver son linge sale en famille", autant de maximes qui me viennent à l'esprit, suite à votre éditorial de cette semaine.
Le rapport Ciase (1) n'a pas mis les poussières sous le tapis mais secoué ce tapis par la fenêtre des médias.
Résultat, un scandale sans pareil éclaboussant l'Eglise catholique. 
Une triste constatation pour les fidèles et un sujet de critique pour ne pas dire de condamnation à l'égard du clergé de France par les incroyants et par ceux qui doutent de l'utilité des religions. 
Le poison distillé par le démon atteint même de nombreux Chrétiens dans le regard qu'ils portent à l'égard des prêtres. Alors que 2,8% de clercs sont impliqués dans des cas d'abus sexuels sur mineurs, la suspicion rejaillit sur la totalité du clergé. Et la médisance embraye sur le mariage des prêtres, sur l'éducation religieuse des enfants etc...
Que le rapport Sauvé ait été nécessaire pour la remise en ordre de l'épiscopat, j'en conviens mais était-il indispensable d'en abreuver les médias, friands de tout ce qui encadre les déviances sexuelles? Une mise en scène allant jusqu'à la vision d'un archevêque demandant pardon à genoux à Lourdes était elle indispensable? 

La sagesse populaire des anciens conseillait de laver son linge sale en famille, mais aussi de balayer devant sa porte. 
J'aurai 90 ans cette année, je suis catholique pratiquant fidèle, mes rapports avec les prêtres n'ont pas toujours été clairs mais j'aimerais me faire le porte parole de la majorité de ceux qui ont voué leur vie au service de l'Eglise et de leurs frères en Christ, avec humilité, pauvreté affective, souvent matérielle et qui se trouvent désormais suspects aux yeux de ceux qui leur doivent le respect.
Ne les oubliez pas  lors de la rencontre en ligne du 3 février.
Amicalement.
Maurice Thillet

(1) Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église  appelée aussi commission Sauvé,

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7 - Rédaction.

SUJET: 
En quelques pages, évoquez les années scolaires de votre enfance. 

INTRODUCTION: 

    Il me faut faire un retour en arrière de plus de 60 ans, remémorer mes premières années d'école dans ma bonne ville de Paray-le-Monial. 
    Ma mémoire est parfois mise en échec, mais les faits marquants de cette décade de vie sont encore bien présents dans mon esprit. 

DEVELOPPEMENT.     

    Aprés une année de maternelle qui fut ma seule expérience de mixité scolaire, sous la bienveillante férule de Mademoiselle de Beaumesnil, je fis mon entrée, en 1938, dans la grande école en externat. 
    Cet établissement, le pensionnat du Sacré-Coeur, était tenu par les frères des écoles Chrétiennes. 
    A cette ‚poque, ces frères ne se remarquaient pas parmi les instituteurs par leur habillement. Pour satisfaire à la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat et ne pas ètre expulsés en 1903, ils avaient dû reléguer aux placards et à la naphtaline, soutanes et rabats. 
    L'exception de ce microcosme masculin était Mademoiselle Récurat qui avait la responsabilité des débutants. Cette demoiselle "prolongée" était de petite taille mais manifestait une autorité indéniable. D'un âge indéfinissable, l'outrage des ans avait cependant ridé son visage orné de lunettes cerclées de métal. Un petit chignon rond maintenait, tirés, ses cheveux grisonnants. Ce fût ma première maitresse. 
    C'est d'elle et de sa méthode, que je dois d'avoir su lire avec assurance dès la première année. Je revois le grand livre, patiné par les ans, posé sur un chevalet de bois blanc, renfermant de mystérieux signes agrémentés de dessins. Signes qui allaient devenir pour nous les clés du savoir. Armée d'une baguette, notre maîtresse, avec beaucoup de patience, nous faisait découvrir syllabes et consonnes, b-a ba de la lecture. S'il nous arrivait d'ètre dissipés elle avait une manière bien spéciale de nous rappeler … l'ordre en nous saisissant, entre deux doigts les cheveux courts au-dessus des oreilles. Ainsi maintenus, elle nous conduisait au piquet, un coin de la salle, où, tournant le dos aux autres ‚élèves nous restions en pénitence ruminant notre rancoeur.  
    Cette première expérience de l'école a tellement marqué‚ ma mémoire qu'elle a occulté le souvenir des classes qui ont suivi. Seules les r‚cr‚ations de cette époque m'ont laissz quelques images. 
Je me souviens que sous le préau, il y avait des échasses en bois que les plus grands empruntaient à notre fort étonnement. Il y avait aussi un petit local, sous l'infirmerie, où un frère très âgé, coiffé d'une calotte ronde, nous vendait des bonbons pour quelqus sous. 
    Il me faut arriver en 1940, année de mes 8 ans pour retrouver le fil de mes chères études. 
    Juin 1940, la France est envahie par les armées allemandes et italiennes. Paray le Monial se situe alors à la limite de la zone occupée et notre pensionnat est réquisitionné. Les Allemands nous laissent cependant l'usage d'un bâtiment qui servait de théâtre avant la guerre. 
    Des cloisons de fortune séparaient quelques classes dont celle du frère Gache qui fût mon instituteur préfèré. 
    Le souvenir marquant de cette année scolaire 1940/1941, est celui d'un hiver particulièrement rude. Dans notre classe, seul un petit poèle à charbon tente de maintenir quelques degrés au-dessus de zéro et à dégeler l'encre qui s'est figée pendant la nuit dans les encriers de nos bureaux. Ce froid permanent a pourtant un avantage, une piste verglacée s'est formée dans la cour de récréation. Nous rivalisons de prouesses en équilibre sur cette patinoire improvisée que nous appelons, je ne sais pourquoi cette expression, la quillade. 
    Le jeu consistait à s'élancer sur la neige piétinée et à glisser le plus loin possible sans tomber, soit debout pour les plus téméraires, soit accroupis pour ceux, dont j'étais, qui craignaient la chute. 
    C'était une façon efficace de réchauffer nos corps d'enfants engourdis par le froid mais, l'attrait de la neige nous incitait à pratiquer aussi la bataille de boules de neiges. Jeux, rires, mais aussi la douleur de l'onglée qui nous obligeait à cacher nos mains dans les poches de nos culottes courtes pour certains ou culottes de golf pour les plus fortunés. 
    Pour compléter notre habillement, nous avions sur la chemise, un pull tricoté main en bonne laine chaude, l'inévitable blouse grise ceinturée et la pèlerine molleton en drap bleu marine. La coiffure pour tous était le béret.    Mis à part ces détails vestimentaires et récréatifs, je ne me souviens pas des études de cette époque ni de celles des années suivantes. Il faut croire que l'enseignement coulait de source et imprégnait nos jeunes esprits sans que nous en ayons conscience. 
    Contraints par les exigences des occupants, nous avons changé de lieu bien souvent. Certaines classes étaient hébergées par les soeurs du Cénacle, d'autres à Béthleem chez les soeurs auxiliaires du clergé et je crois aussi par les soeurs du couvent de la Visitation. A cette époque, nous avions deux instituteurs qui devaient ètre trop jeunes pour être incorporés dans l'armée. Ils ont quitté l'enseignement après la guerre pour des emplois plus rémunérateurs, l'un chez un notaire et l'autre dans les services comptables de la société Eternit. J'ai un souvenir cuisant de ce dernier. Comme nous devions aller d'un couvent à un autre lieu en fonction des cours, il nous est arrivé un jour de printemps, d'entamer une partie de billes en chemin. Nous avons oublié l'heure de la rentrée et c'est ce jeune André Ravaud qui est venu nous chercher et accompagnés en nous tenant fermement par une oreille, mon copain à sa gauche et moi à droite. J'ai eu l'impression que mon oreille s'était allongée de plusieurs centimètres et que sa rougeur ne pâlirait plus. 
    Il nétait pas question de se plaindre auprès du père car nous savions que la seconde oreille subirait le mème sort. 
    Pour terminer cet épisode primaire de ma scolarité, j'ai eu la chance d'avoir pour maître un instituteur de grande valeur, Monsieur Louis Laroche. 
    La libération de Paray nous a rendu l'usage de nos locaux ainsi que nos "très chers frères" en soutane et rabat. C'est dans une vraie classe, bien chauffée, que nous avons préparé notre certificat d'études primaires. De cette année scolaire, j'ai enfin le souvenir d'études sérieuses qui nous ont sans doute permis de rattraper les retards causés par nos pérégrinations des années noires.
     
CONCLUSION : 

    Le petit garçon en culottes courtes est maintenant grand-père en retraite dans une jolie petite ville du midi de la France aprés une vie active bien remplie. 
    Ce grand-père garde une infinie reconnaissance envers ses maîtres qui ont su, malgré les difficultés du moment, lui inculquer ce qui pour lui est de grande valeur: la science de l'orthographe, l'art de la narration, la technique du calcul rapide et la curiosité pour tout ce qui concerne l'Histoire et la Géographie. 
    Ce bagage scolaire de base m'a permis d'obtenir le B.E.P.C sans peine et de réussir dans une vie de commerçant. 
    C'est aussi grâce à mes maîtres que j'ai eu la facilité d'écrire, la retraite venue, un roman d'une centaine de pages agrémentées de références historiques et dont le titre est "Valdorix"  moine de l'an Mil. 
    J'exprime aussi ma gratitude envers les conservateurs du musée de l'école de la commune de Chatelus pour "l'arrêt sur image" de cette forme d'enseignement digne du souvenir.  

Classe de Melle Récurat

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8 - La Lolotte.

Au bord d'la r'vir, perdu dans la prairie
Voyez Uzoule et son clotci pointu,
c'est la que d'meur ma tante Mélanie
veuve de mon oncle Adrien Duplantu.
Dans sa maison nos avons fait ribote
dimantce patsi tot en gaulant des noix;
por l'premi coup y est là qu'z'ai vu Lolotte
rinq' d'y pentsi sentit com' mon coeur bat (bis)

Y ziavot là tot les gars du villadze
apeu des filles no z'avins qu'à choisir
on a mandzi à l'ombre des feuilladzes
dans l'grand paqui y nous f'sot bien plaisir
le baudzolais coulot à pleine bouteille
y est pas d'lau d'sciau q'no fallot ctu d'zor là
qu'ale étot belle la Lolotte sous la treille
rinq' d'y pentsi sentez com' mon coeur bat (bis)

Y allot fin bien, les beuilles étaint remplies
Vla que l'Maurice prend son accordéon
o dit, les gars, y zia des bonamies
que d'mandant qu'à dantsi le rigaudon.
A quel plaisir, qu'la Lolotte me revienne,
après l'quadrille no danse la madzurka.
J'ai tant serré sa main davou la mienne,
rinq' d'y pentsi sentit com' mon coeur bat (bis)

Le soir venu, por dantsi chacun s'presse
Piarre l'violoneux ne manquot pas d'ardeur
l'vin comme l'amour a pe de p'tiotes caresses
cré nom d'eun' pipe d'ze nadzot dans l'bonheur
L'père de Lolotte en voyant que z'lembrasse
d'un coup d'sabiot m'fait plondzi dans l'fumi
Lolotte se sauve ape moi dze m'ramasse
ah quel cô d'pi sentit com' mon coeur bat (bis)

Dze m'souviendrai d'la fête chez ma tante
d'zen ai l'croupion encore endolori
l'toubi m'le fait tremper dans dl'eau bouillante
et j'grince des dents en me sitant aussi.
Mais quite à prendre encore un coup d'sa botte
d'être apouri et d'risquer d'être occis
plutôt mouri que d'vivre sans Lolotte
rinq' d'y pentsi sentit com' mon coeur bat (bis)

inspiré par une chanson de Julos Beaucarne en Wallon.

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9 - LETTRE AUX TROPEZIENNES ET TROPEZIENS
DE L'AN 2101; 

Amoureux de la cité du Bailly depuis notre voyage de noces en 1959, nous avons décidé de finir nos jours dans ce qui est, pour nous deux, l'antichambre du Paradis, le village de Saint-Tropez. 

        Que sera devenu Saint-Tropez en l'an 2101. 

Sans être prophète, j'aime réver d'un avenir séculaire que je décris ainsi: 
- Les traditions sont maintenues grâce à la persévérance des "Cépouns" successifs et de leurs bravadeurs.
- L'affluence est toujours pénible en Juillet août, mais les autres mois connaissent la tranquillité d'un village méditerranéen. 
- Les environs de Saint-Tropez ont bien changé : 
Une ville nouvelle s'est implantée dans les plaines de Grimaud, Gassin et Cogolin. Ces trois communes ont réussi une communauté urbaine remarquable et l'agglomération ainsi délimitée est peuplée de 35.000 habitants dont la majeure partie est constituée de seniors qui ont, comme nous, choisi le microclimat du Golfe pour vivre leur retraite de troisième age. 

- Ce surcroit de population a nécessité et justifié la création d'un moyen de transport en commun , qui dessert tout le golfe, des Issambres à Saint-Tropez. Ce sont des navettes à propulsion électrique qui circulent sur la route du littoral. 
De chaque côté de la chaussée, une piste cyclable est réservée aux deux roues à pédales ou assistance électrique. De La Foux à St. Tropez, en plus des navettes et cycles, les seuls véhicules qui peuvent emprunter la voie littorale, sont ceux des riverains et des services d'urgence . 
- En complément une nouvelle voie rapide relie la D.61 (route de Ramatuelle) à la D.93 (route des plages) en passant par les Patapans et les Marres. A l'entrée de Saint-Tropez, des parkings de dissuasion gratuits accueillent les touristes et sont desservis en période estivale par de nombreuses navettes se succédant tous les quarts d'heures. Une gare routière permet le transfert des voyageurs venus par bus et des marchandises transportées par les poids lourds. 

- Toutes les anciennes rues de la cité sont à vocation piétonne. Seuls les véhicules d'entretien, de livraison et taxis électriques sont admis. Tous les moteurs à explosion sont formellement interdits de circulation dans le périmètre centre-ville " et dans le port.

- De la Société Nautique  au Pilon une promenade et des jardins arborés masquent les stationnements payants souterrains à l'emplacement du terrain vague utilisé comme parking à l'aube du 21e siècle. Le nouveau quai qui longe cette promenade, porte le nom du député maire de Saint-Tropez qui fut l'instigateur du projet en 2002. 

- Le long de ce nouveau quai sont amarrés en période estivale les bateaux des loueurs professionnels et transports de passagers, libérant les places du port pour les voiliers. 

- Une Navy-station accueille les utilisateurs des liaisons maritimes qui, de plus en plus rapides relient notre cité aux principales destinations des Alpes-Maritimes et du Var y compris les aéroports.  

- Un Héliport dans la plaine de Bonne Terrasse est géré par une société d'économie mixte dont le maire de Ramatuelle est le président. 

    Tout a été prévu pour concilier tourisme et circulation, paysages et modernisme au grand bénéfice du bien-être des touristes et des résidents. Une économie florissante favorise l'emploi pour la population du Golfe dans son ensemble. Grâce à la promotion "Var en hiver", il n'y a pratiquement plus de morte-saison. 

    Les Tropéziens vivent heureux dans leur petite principauté républicaine car la manne touristique est telle qu'ils ne paient plus d'impôts locaux. 
    
    Ceci compense les quelques inévitables nuisances estivales. 

                        Maurice THILLET -. Juin 2001

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10 - LES PASSAGERS DE L'AN 2000.

    Passagers de l'an 2000, il nous est demandé de rédiger un message aux générations futures, avec pour horizon l'an 2100. 

            Présentons nous: 

    Je me nomme Maurice THILLET, je suis né le 13 juillet 1932 à Paray-le-Monial en Saône et Loire. 
Mon épouse, Denyse Thillet née Colette à Saint-Gengoux le National le 26 décembre 1937 dans le même département. 
Nous nous sommes mariés le 15 juin 1959 à Mâcon et nous avons eu deux filles de cette union: 
Marie-Hélène née le 1er Mai 1960 à Paray-le-Monial.
Valérie Marie-Cécile née le 14 Mai 1963 dans la même ville. 
Nous avons tenu un commerce de vêtements dont l'enseigne datant des années 1930: "La Grande Maison". C'est une entreprise familiale exploitée actuellement par mon neveu Emmanuel Thillet dont le fils Eliott âgé de 3 ans est pour le moment le seul héritier du nom. 
Notre fille aînée, Marie-Hélène est mariée à Vichy avec Daniel Vignon. Leur fille Juliette a maintenant 14 ans.
Valérie est divorcée sans enfants et réside au lointain Québec où elle s'est fait une bonne situation dans le domaine informatique des relations humaines. 

    Nous avons choisi en 1995 d'établir notre retraite dans ce merveilleux village de Saint-Tropez, afin de profiter au mieux du climat méditerranéen. Nous vivons dans un modeste appartement de 3 pièces + cuisine dans la résidence Saint-Antoine qui se situe en centre-ville avenue du Général Leclerc près de la place Blanqui. 
Notre installation, (acquisition et travaux) nous a coûté environ un million d'anciens francs. Pour assurer ce financement, nous avons dû vendre une maison bourgeoise de 12 pièces plus une villa de 6 pièces dans le Charollais. 
Au dernier recensement Saint-Tropez compte 5754 habitants et, chose étonnante presque autant d'électeurs inscrits (5137). 
Aux élections municipales, le 19 Mars 2001, il y a eu 3982 votants. Deux listes de droite s'affrontaient au deuxième tour. Le député-maire sortant, Jean-Michel Couve, l'a emporté avec seulement 14 voix d'avance sur son challenger Jean-Pierre Tuvéri soit 1953 pour 1939 voix.
L'an 2000 a été marqué sur le plan local par des festivités dont l'inauguration du phare rouge à l'extrémité du quai Estienne d'Orves, le 31 décembre 2000. Son embrasement sur le coup de minuit a été suivi d'un merveilleux feu d'artifices. 
Le curé de notre paroisse se nomme Michel Hayes. Il est originaire du Pays de Galles en Grande-Bretagne et de ce fait, il parle avec un accent britannique prononcé. 
Marius Astezan, notre Cépoun, est le mainteneur des traditions  depuis de nombreuses années. Agé de 80 ans, Il a nommé, pour lui succéder à sa mort, son fils Serge qui par ailleurs est premier adjoint au député-maire Jean-Michel Couve. 
                Ainsi va la vie en l'an 2001 … à Saint-Tropez. 

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11 - Frère Yvain, moine bénédictin.

Je suis frère Yvain, moine de la communauté d'Orval en pays charolais j'ai atteint l'âge canonique de 95 ans par la grâce de Dieu. Enfant abandonné à la porte du monastère, les moines m'ont confié à une nourrice jusqu'à ma décision d'entrer en religion  dans l'ordre de Saint Benoît.                                      
A l'âge de 40 ans j'ai eu le grand bonheur de retrouver ma mère à la citadelle de Dun, grâce à mon meilleur ami Pierre, chevalier à la garde de Bois Sainte-Marie, qui avait découvert son existence suite à la confidence d'un paysan de la montagne.  

    Voici le récit de cette heureuse rencontre.
 
Après une chevauchée d'une journée, notre arrivée à la nuit tombée au sommet de la montagne de Dun, suscite la méfiance des gardes. Ils sont rassurés par le mot de passe que leur crie mon ami Pierre, et qui a pour effet l'ouverture de la porte d'Orient. Nous mettons pied à terre et laissons, aux soins des palefreniers de service, nos montures fatiguées par la forte déclivité du chemin.    
Dans la pénombre et le silence seulement troublé par le cri plaintif d'une hulotte, nous montons le sentier qui abouti à la deuxième enceinte et à la poterne donnant accès au cœur de la citadelle. Le ciel est constellé d'étoiles. Le garde qui nous accompagne frappe trois coups à la porte du château. 
    Celle-ci s'ouvre sur la mine réjouie d'Archambaud, fils aîné d'Artaud le Blanc, au courant de notre arrivée. Un peu plus âgé que nous, l'héritier du nom est un colosse débonnaire, ami intime de Pierre avec qui il a fait ses premières armes. Il a épousé Béatrix de Beaujeu et, de leur union, deux beaux garçons sont nés, Hugues et Artaud. 


Depuis l'an 1030, le pagus de Dun est devenu circonscription territoriale des comtes de Mâcon et Archambaud en est le premier vicomte. 
Son père, Artaud, le vieux seigneur de Dun est veuf depuis l'an dernier. Il s'est retiré dans le donjon qui domine la citadelle en compagnie de celle qui est censée être ma mère. 
Nous remettons au lendemain le moment des retrouvailles car l'heure est trop tardive pour nous présenter au donjon. Il est souhaitable aussi que Pierre prépare avec tact ma rencontre avec celle qui ne sait pas encore que son fils est vivant. 
Après un bon repas, bien arrosé, à la table d'Archambaud, nous regagnons la salle des gardes où nous attendent deux bonnes paillasses garnies de fougères odorantes. Nous ne tardons pas à dormir, épuisés que nous sommes par notre longue chevauchée. 
Le réveil du lendemain est agrémenté par le soleil levant, teintant de rose les pierres de granit de la citadelle. Je la découvre environnée d'un paysage qui me surprend, habitué que je suis aux plaines du Charolais. La vue s'étend des monts du Lyonnais et du Forez jusqu'au Morvan en une succession de collines et de vallons, de forêts, de clairières et de carrés de terres défrichées bonnes à moissonner. Le jaune d'or des épis colore de taches claires la verdoyante ondulation qui se déploie jusqu'aux rives de la Loire. Du côté Brionnais, les pâtures naturelles ajoutent une touche de vert pastel qui contraste avec le bleu vert sombre des sapins plus proches. Je suis émerveillé par la magnificence de la création divine complétée par l'ouvrage des hommes. La citadelle de Dun, tel un nid d'aigle domine fièrement la région. Les invasions barbares, les brigands et autres routiers, s'aventurant dans la vallée, n'ont jamais osé affronter la toute puissance des seigneurs de Dun, sachant que seul un long et pénible siège pourrait venir à bout de la forteresse et de ses occupants. 
Pendant que j'admire l’œuvre du Créateur, mon ami Pierre est entré au donjon afin d'accomplir la délicate mission préparant ma reconnaissance. L'attente est de courte durée. La porte s'ouvre, et, je vois s'avancer vers moi une petite femme, au visage souriant mais inondé de larmes. Elle marque un temps d'arrêt, sans doute impressionnée par ma robe de bure, puis, dans un geste maternel, elle ouvre tout grands ses bras dans lesquels je me précipite. Puis m'éloignant à bout de bras, elle m'observe quelques instants de ses beaux yeux d’un bleu limpide. Je fais de même et tout en l'étreignant affectueusement, je dis instinctivement ce " Maman " que je pensais ne plus savoir prononcer. 
Le premier moment d'émotion passé, ma mère me dit se nommer Maria et avoir près de 60 ans. Elle m'assure n'avoir eu aucun doute, dès le premier regard, sur ma filiation, tant la ressemblance avec mon père est frappante à l'exception des yeux bleus que je tiens d'elle. 
A nouveau, je la serre dans mes bras alors que son cœur bat à un rythme accéléré, empourprant ses joues d'une touche de jeunesse qui semble effacer ses rides comme par enchantement. 
C'est le plus beau jour de ma vie, la réponse à la question qui a bien souvent perturbé mon esprit et qui me faisait douter de la bienveillance divine à mon égard. J'étais un enfant abandonné et je me croyais donc mal aimé de Dieu. J'attribuais toutes mes défaillances à cette désaffection. Maintenant je sais que je suis, moi aussi, un fils bien-aimé .
 Je fais, brièvement à ma mère le récit de mon enfance à Romay, sans oublier de lui dire le bonheur que m'ont prodigué mes parents adoptifs. Je lui avoue cependant que j'ai souvent pleuré sur ma paillasse au dortoir de l'école monastique, en pensant à cette maman que je ne connaîtrai jamais. Maria me dit qu'il en fut de même pour elle, pendant ces quarante années de séparation. Le secret de mon exil avait été bien gardé. Elle ne savait pas si j'étais vivant ou irrémédiablement perdu. Sa crainte était que recueilli par des êtres vils, je puisse être maltraité. 
Un sentiment d'amour intense, envers celle qui m'a enfanté, submerge tout mon être. Je l'embrasse encore et encore, jusqu'à ce qu'elle rie, comme le font les jeunes femmes heureuses.      
Enfin nous reprenons notre sérieux et Maria me présente au seigneur des lieux. Je suis en présence d'un noble et beau vieillard, perclus de douleurs qui le gênent pour marcher. Il demande à rester seul avec moi et me fait signe d'approcher de son siège. Avec beaucoup d'humilité, il implore ma pitié pour le grand péché qu'il a commis en me condamnant, petit bébé, à l'exil et à une existence d'orphelin.                                               
Artaud sait très bien qu'il n'est pas en mon pouvoir d'absoudre sa faute, mais il tient à ce que je lui accorde ma bénédiction en signe de pardon. Je le fais sans la moindre rancune, attendu que, selon ses confidences, il a toujours été très bon pour ma mère et ne l'a jamais forcée à lui accorder les faveurs amoureuses qu'il se croyait en droit d'exiger. Il faut dire qu'il était en présence d'une jeune femme qui ne s'en laissait pas conter et s'était par amitié réciproque mise sous la protection de dame Agnès, épouse d'Artaud. 
    Une table garnie de victuailles et de fruits a été dressée  près du puits de Jacob, que l'on dit "si profond qu'en se penchant à son orifice, on peut entendre converser les habitants des enfers." Toute la famille Le Blanc est conviée et notre conversation s'anime au fur et à mesure que se vident les coupes emplies d'un beaujolais gouleyant. J'admire la générosité et la finesse d'esprit de ma mère, qui, tout naturellement, donne du bonheur à ceux qui la côtoient. Je suis fier d'elle et la façon dont elle me regarde me donne à penser qu'elle éprouve le même sentiment à mon égard. Pierre et son ami Archambaud rivalisent d'histoires drôles déclenchant l'hilarité générale. 
    Le lendemain, comme toute médaille à un revers, il me faut envisager l'avenir, sans l'assistance de ma communauté religieuse. Artaud me convainc de rester à Dun le temps nécessaire pour trouver remède à la disgrâce que le prieur d'Orval m'a infligé pour avoir contesté son autorité. Artaud me propose d'occuper une pièce attenante à la chapelle saint Firmin. Cette modeste pièce tenait lieu de sacristie au vieux prêtre séculier, décédé l'an dernier et que l'évêque n'a pas l'intention de remplacer. Il me demande d'assurer les offices du jour à défaut d'Eucharistie, afin d'attirer la bénédiction divine sur la cité. J'accepte avec joie, sachant que cette chapelle occupe l'emplacement le plus élevé de l'enceinte, là où le regard porte à des lieues par temps clair. 
    J'accepte avec bonheur et gratitude sa proposition. Il me semble qu'ainsi, je serai plus proche du ciel pour prier Dieu afin que par son infinie miséricorde, j'obtienne lsa bénédiction et e pardon de mes fautes.
     

Frère Yvain en l'an de grâce 1164. 
 
 (propos recueillis par Maurice Thillet de Saint Racho.)

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